Côte d'Ivoire : l’auto-prélèvement pour étendre les services de dépistage du cancer du col de l'utérus
Abidjan – En Côte d’Ivoire, près de 90 % des tests de dépistage du cancer du col de l’utérus, sont réalisés par les femmes elles-mêmes grâce à l’auto-prélèvement. Cette approche permet aux femmes de s’auto dépister précocement et en toute intimité pour cette maladie dont les tendances sont alarmantes dans le pays.
Le cancer du col de l'utérus est le premier cancer chez les femmes en Côte d'Ivoire, avec 2360 nouveaux cas enregistrés en 2022 et un taux de mortalité de 62 %. « Les facteurs principaux qui expliquent ce taux de mortalité élevé sont le diagnostic tardif, l'accès limité aux traitements, la complexité du parcours de soins pré-thérapeutique et le manque d’informations sur la maladie », souligne le Dr Simon Boni, responsable du développement du partenariat et multisectorialité, en charge de la recherche au Programme national de lutte contre le cancer (PNLca).
Pourtant ce cancer est évitable grâce à la vaccination et peut être traité s'il est détecté tôt. En 2019, le gouvernement ivoirien a lancé le projet de renforcement de l'élimination du cancer du col de l'utérus grâce à une stratégie de prévention secondaire (SUCCESS, en anglais, Scale Up Cervical Cancer Elimination with Secondary prevention Strategy). Ce projet, soutenu par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'initiative mondiale de santé UNITAID, vise à éliminer le cancer du col de l'utérus en tant que problème de santé publique dans deux pays de la Région africaine, notamment en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso.
Deux ans plus tard, la Côte d’Ivoire a introduit l’auto-dépistage dans sa stratégie, facilitant l’accès aux tests pour les femmes, notamment celles vivant avec le VIH qui sont six fois plus à risque. Chantale, la quarantaine, diagnostiquée positive au VIH en 2016, a opté pour l’auto-dépistage après des explications du personnel de santé.
« J’ai fait l'autotest du cancer du col de l’utérus et c’était positif. J’étais surprise car je n’avais aucun symptôme. Le médecin m’avait dit que la maladie n’était pas très avancée et que j’allais guérir avec le traitement », explique Chantale. « C’était dur, mais ma famille m’a beaucoup soutenue pendant les périodes difficiles du traitement et Dieu merci, j’ai été déclarée guérie, après 5 années de traitement. »
Entre 2021 et 2023, plus de 40 000 femmes ont été dépistées grâce au projet SUCCESS dans quatre régions sanitaires, notamment Abidjan 1 et 2 ainsi que Gbèkè et Haut-Sassandra. L’auto-prélèvement, qui permet aux femmes de recueillir elles-mêmes les cellules cervicales, améliore la confiance et le confort, tout en supprimant les barrières culturelles. « Le prestataire de dépistage aurait tendance à proposer l’auto-dépistage en lieu et place du prélèvement par ses soins, en raison d’une charge de travail jugée élevée. Il pourrait utiliser ce temps pour renseigner des outils nécessaires au suivi du programme », explique le Dr Boni du PNLca.
En 2022, dans les centres de santé qui proposent l’auto-prélèvement, 51 % des femmes ont choisi ce mode de dépistage et ce chiffre a grimpé à 90 % en 2023. L’hôpital Saint Camille de Bouaké, spécialisé dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH a bénéficié de l’accompagnement de Ministère de la santé pour mettre en œuvre la stratégie de prévention secondaire du cancer du col de l'utérus basée sur le dépistage du virus du papillome humain (VPH).
Avec l’appui de l’OMS, le Ministère de la santé a formé 20 professionnels de santé sur la sensibilisation, la pratique du test VPH, l'inspection visuelle après application d'acide acétique (IVA) et le traitement par ablation thermique. En trois mois, l’équipe de l’hôpital Saint Camille, qui a bénéficié de la formation, a aidé 46 femmes vivant avec le VIH à utiliser le test VPH par auto-prélèvement.
« Grâce à l'auto-prélèvement, nous avions pu détecter très tôt la maladie chez certaines de nos patientes et qui ont été prises en charge convenablement », a indiqué la Dre Françoise Milolo, médecin généraliste, Responsable de l’équipe de dépistage de l'hôpital Saint Camille.
De 34 centres de santé au départ, aujourd’hui plus de 200 structures sanitaires offrent ce service, renforçant ainsi la confiance des femmes et le recours au dépistage. « Le dépistage précoce des cancers reste l'un des moyens efficaces de lutter contre ces cancers féminins. De nombreuses femmes ont pu éviter une mort prématurée grâce au dépistage des lésions précancéreuses et ont pu bénéficier d’un traitement efficace », explique Agnès Diasso, sage-femme et prestataire de dépistage du cancer du col de l'utérus. « Il faut saisir chaque opportunité pour introduire le dépistage intégré de ces cancers dans nos centres de santé au sein des services de santé sexuelle et reproductive ou dans les centres de prise en charge de l'infection à VIH. »
L'OMS soutient la Côte d'Ivoire dans l'élaboration de stratégies pour accélérer l’élimination du cancer du col de l'utérus, avec l'objectif de couvrir 70 % des femmes d'ici à 2030. Le modèle ivoirien, notamment en faveur des femmes vivant avec le VIH, est une approche prometteuse pour améliorer le dépistage.
« Lorsque les tests HPV sont disponibles dans le cadre du programme national, l'auto-échantillonnage offre une option supplémentaire qui est vivement recommandée par l’OMS pour améliorer la couverture du dépistage du cancer du col de l'utérus », a déclaré la Dre Fatim Tall, Coordonnatrice des programmes et Conseillère technique pour la santé maternelle au bureau de l’OMS en Côte d’Ivoire. « Les femmes peuvent se sentir plus à l'aise en effectuant leurs propres prélèvements plutôt qu'en allant voir un professionnel de santé pour un dépistage du cancer du col de l'utérus. »
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