Asmara, Érythrée – Le Laboratoire national de santé de l’Érythrée continue de renforcer ses capacités de séquençage génomique afin d'améliorer la surveillance des maladies et de produire des données scientifiques essentielles pour la santé publique. Cette technologie permet désormais aux scientifiques d’analyser plus précisément les virus, bactéries et parasites afin de mieux comprendre leur évolution, détecter les résistances aux antimicrobiens ou aux médicaments, et mieux guider les interventions sanitaires.
Derrière cette évolution se trouvent des équipes de scientifiques qui développent ces nouvelles capacités au quotidien. Parmi elles figure Mansoura Saeed, spécialiste en biologie moléculaire au Laboratoire national de santé. Recrutée en 2014, elle a ensuite obtenu une bourse pour poursuivre un master en biochimie avant de revenir au laboratoire, où elle met aujourd’hui ses compétences au service du renforcement des capacités nationales en biologie moléculaire.
« Le séquençage nous permet de mieux comprendre les agents responsables des maladies et d’identifier les résistances à certains traitements », explique-t-elle. « Ces informations nous aident à améliorer la prise en charge des patients et à orienter les décisions de santé publique. »
Au-delà du laboratoire, cette technologie répond à des situations très concrètes. Chez certains patients souffrant d’infections récurrentes, elle permet d’identifier plus précisément l’agent responsable de la maladie et de déterminer quels traitements ont le plus de chances d’être efficaces, évitant ainsi l’utilisation répétée de médicaments auxquels les agents pathogènes sont déjà résistants.
Avant l’introduction du séquençage génomique, le Laboratoire national de santé réalisait déjà des analyses moléculaires pour plusieurs maladies, notamment le VIH, les hépatites et la COVID-19. Toutefois, certaines analyses plus avancées devaient encore être confiées à des laboratoires de référence à l’étranger, rallongeant les délais nécessaires à l’obtention des résultats.
Depuis 2024, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le laboratoire a renforcé ses capacités grâce à l’acquisition d’équipements spécialisés, de réactifs et de consommables, ainsi qu’à une formation intensive destinée à développer les compétences nationales en séquençage génomique et en analyse des données. Au total, 15 professionnels ont été formés, dont 13 du ministère de la Santé et deux du ministère de l’Agriculture.
« La formation a combiné théorie et pratique », souligne Mansoura. « Nous avons travaillé sur toutes les étapes, depuis la préparation des échantillons jusqu’à l’analyse des résultats, ce qui nous a permis d’acquérir les compétences nécessaires pour utiliser cette technologie en toute autonomie. »
Les équipes ont rapidement mis ces nouvelles compétences en pratique. Les premiers travaux ont porté sur le paludisme ainsi que sur des bactéries responsables d’infections urinaires et de septicémies chez les nouveau-nés, deux domaines dans lesquels la résistance aux traitements constitue une préoccupation croissante dans le pays.
Les analyses ont permis d’identifier des profils de résistance à certains traitements et de produire des données qui n’étaient auparavant pas disponibles au niveau national. Ces informations contribuent à améliorer le choix des traitements, à renforcer la surveillance de la résistance aux antimicrobiens et à orienter les programmes de santé.
Pour le Dr Saleh Mohammed Said, directeur par intérim du Laboratoire national de santé, ces nouvelles capacités renforcent considérablement la préparation du pays face aux menaces sanitaires : « Nous sommes désormais mieux équipés pour détecter les maladies émergentes et réémergentes et produire les données dont nous avons besoin pour agir rapidement lorsque cela est nécessaire », affirme-t-il.
Le Laboratoire national de santé occupe une place centrale dans le système de santé érythréen. Il coordonne un réseau de plus de 77 laboratoires à travers le pays, supervise les activités d’assurance qualité et accompagne l’introduction de nouvelles technologies diagnostiques.
Pour l’OMS, renforcer les capacités nationales de laboratoire constitue un élément essentiel de la sécurité sanitaire. Lors de sa visite du Laboratoire national de santé en juin 2026, le Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Mohamed Janabi, a salué les progrès accomplis et souligné l’importance des données scientifiques produites localement.
« Les données produites dans les laboratoires nous permettent de savoir quels microbes circulent, de repérer les résistances aux traitements et de prendre de meilleures décisions pour protéger les populations. C’est ainsi que nous renforçons notre préparation aux épidémies et la sécurité sanitaire en Afrique », a-t-il indiqué.
Au-delà des équipements, cette initiative a surtout permis de développer des compétences nationales durables. Les équipes travaillent désormais à étendre le séquençage à d’autres maladies prioritaires, notamment dans le domaine de la résistance aux antimicrobiens, tout en renforçant leurs capacités d’analyse afin de répondre plus rapidement aux futures menaces sanitaires.
La Dre Mary Stephen, Représentante de l’OMS en Érythrée, considère cette initiative comme un investissement durable dans le système de santé du pays. « Renforcer les capacités nationales ne consiste pas seulement à introduire de nouvelles technologies. Il s’agit aussi de développer les compétences qui permettront au pays de répondre aux défis sanitaires d’aujourd’hui et de demain », précise-t-elle.
Pour Mansoura, dont le rêve d’enfant était de devenir scientifique, cette nouvelle capacité ouvre un nouveau chapitre. « Lorsque mon travail permet d’améliorer la prise en charge des patients ou d’aider les autorités sanitaires à prendre de meilleures décisions, je sais que mes efforts font une réelle différence », conclut-elle.



