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Accélérer les actions pour rattraper le retard en matière de nutrition dans la Région africaine

Accélérer les actions pour rattraper le retard en matière de nutrition dans la Région africaine
Accélérer les actions pour rattraper le retard en matière de nutrition dans la Région africaine
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Brazzaville – La malnutrition demeure un défi majeur de santé publique dans la Région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Á quatre ans de l’échéance des objectifs mondiaux de nutrition, la plupart des pays ne sont pas en voie d’atteindre les cibles fixées par l’Assemblée mondiale de la Santé pour les six indicateurs clés de la nutrition, à savoir le retard de croissance, l’allaitement maternel exclusif, le faible poids à la naissance, le surpoids et l’obésité et l’anémie chez les femmes en âge de procréer.  Malgré les efforts réalisés, les progrès restent insuffisants.
Dans cet entretien, la Dre Laetitia Ouedraogo Nikiema, responsable en charge de la nutrition et de la sécurité sanitaire des aliments au Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, explique les enjeux de la nutrition pour le développement de l’enfant et les actions prioritaires à renforcer.

Quelle est la situation nutritionnelle dans la Région africaine ?
La situation reste préoccupante. Le nombre d’enfants de moins de cinq ans souffrant de retard de croissance est passé d’environ 55,6 millions en 2015 à 59,1 millions en 2024. 
Dans plusieurs pays de la Région, plus de 30 % des enfants sont concernés, révélant des inégalités persistantes dans l’accès aux services de nutrition, de santé et de protection sociale.
L'anémie constitue un problème de santé publique majeur : 46 des 47 de la Région africaine présentent des niveaux modérés ou sévères. Dans 24 pays, elle est considérée comme sévère, avec une prévalence d’au moins 40 %, tandis que 22 pays présentent des niveaux modérés, entre 20 % et 39,9 %. Un seul pays présente un niveau inférieur à 20 %.
Ces déficits nutritionnels ont des conséquences durables sur la santé et le développement de l’enfant.

Quels sont les facteurs qui entretiennent cette situation ?
La malnutrition est causée par plusieurs facteurs qui sont souvent liés entre eux.  L’accès limité à une alimentation suffisante et de qualité demeure un défi, aggravé par les conflits, les déplacements de populations et les effets du changement climatique, notamment dans le Sahel et la Corne de l’Afrique.
Cependant, le problème ne se résume pas à la disponibilité des aliments. Les pratiques alimentaires inadéquates jouent également un rôle important.  
L’OMS recommande un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de vie, suivi de l’introduction d’aliments complémentaires variés et équilibrés, tout en poursuivant l’allaitement.

Pourquoi la nutrition durant les premières années de vie est-elle un investissement prioritaire ?
Les 1 000 premiers jours de vie, de la conception jusqu’à l’âge de deux ans, sont déterminants pour la santé et le développement futur de l’enfant.
Une nutrition adéquate pendant cette période favorise non seulement une croissance physique, mais aussi le développement du cerveau, les capacités d’apprentissage, et le renforcement du système immunitaire. Associée à d’autres interventions essentielles, comme la vaccination, elle améliore considérablement les chances de survie et de développement en bonne santé.
À l’inverse, la malnutrition peut entraîner des conséquences irréversibles sur la croissance, les performances scolaires et les opportunités économiques à l’âge adulte.

Quelles sont les interventions les plus efficaces pour réduire la malnutrition infantile et l'anémie chez les femmes ?
Les interventions doivent commencer dès la grossesse. La prévention et le traitement de l’anémie chez les femmes, notamment grâce à la supplémentation en fer et en acide folique, ainsi qu’à un suivi prénatal, sont essentiels. 
Après la naissance, l’initiation précoce de l’allaitement maternel puis l’allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois constituent les mesures les plus efficaces pour assurer une bonne nutrition et protéger l’enfant contre les infections.
À partir de six mois, une alimentation complémentaire adéquate doit être introduite tout en poursuivant l’allaitement. 
Chez le nourrisson et le jeune enfant, la supplémentation en vitamine A demeure également importante pour renforcer l’immunité et à réduire les risques de mortalité.
Par ailleurs, l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à de bonnes pratiques d’hygiène est indispensable pour prévenir les infections qui contribuent à la malnutrition et à l’anémie.

Comment améliorer durablement la santé et la nutrition des enfants dans la Région ?
Des actions fortes et coordonnées à plusieurs niveaux sont nécessaires. Les gouvernements doivent faire de la nutrition une priorité et accroître les investissements dans des programmes à fort impact.
Il est également essentiel de renforcer les systèmes de santé, notamment au niveau des soins de santé primaires et des plateformes communautaires, afin d’assurer l’accès à des services de qualité pour la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge de la malnutrition.
L’extension des services au niveau communautaire est également une priorité, afin d’atteindre les populations les plus vulnérables et les zones les plus reculées, et de permettre le passage à l’échelle des interventions efficaces.
Parallèlement, des politiques multisectorielles doivent être mises en œuvre, impliquant des secteurs clés comme la santé, l’agriculture, l’éducation, l’eau et la protection sociale. Cette approche coordonnée est indispensable pour s’attaquer aux causes profondes de la malnutrition.
Enfin, ces engagements doivent se traduire par des actions concrètes, financées et mesurables, avec des mécanismes de suivi et de redevabilité solides, afin d’accélérer les progrès et d’améliorer durablement les résultats.

L’OMS réaffirme son engagement à accompagner les États Membres par un appui technique, en soutenant la mise en œuvre des interventions fondées sur des données probantes et en contribuant au renforcement des systèmes de santé.
Une action concertée permettra d’offrir à chaque enfant un meilleur départ dans la vie et de contribuer au développement durable de la Région.