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Togo : des consultations foraines qui rapprochent les soins des populations et changent des vies

Togo : des consultations foraines qui rapprochent les soins des populations et changent des vies
Togo : des consultations foraines qui rapprochent les soins des populations et changent des vies
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Lorsque Salima, 35 ans, s'est rendue à la consultation foraine organisée dans son village de Pya-Peulh, dans le district de Kozah, elle cherchait simplement une explication à ses fréquents maux de tête. Comme beaucoup d'habitants des zones rurales de la région de la Kara, elle n'avait jamais effectué de consultation médicale approfondi et ignorait l'origine de ces douleurs qui revenaient régulièrement.

« Je suis jeune mais j'avais souvent de très fortes douleurs à la tête. Je ne savais pas qu'elles étaient liées à un problème de tension », raconte-t-elle.

Lorsque les équipes médicales lui ont annoncé que sa tension artérielle était anormalement élevée, elle a été surprise et inquiète. Sans cette consultation organisée au plus près de sa communauté, ce problème de santé serait probablement resté ignoré pendant encore longtemps l’exposant aux complications graves.

L'histoire de Salima est celle de milliers d'autres personnes qui ont bénéficié des consultations foraines gratuites organisées les 23 et 24 mars 2026 dans la région de la Kara par la Faculté des Sciences de la Santé de l'Université de Kara (FSS-UK), à l'occasion de son 10ᵉ anniversaire, avec l'appui de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). 

Dans cette région du nord du Togo, l'accès de proximité à des soins de santé de qualité reste un défi pour de nombreuses populations, particulièrement dans les zones rurales. L'éloignement des structures sanitaires, les difficultés financières et le recours tardif aux services de santé retardent souvent le diagnostic et la prise en charge des malades.

Pour répondre à ces défis, des consultations foraines gratuites ont été organisées sur dix sites répartis dans les sept districts sanitaires de la région de la Kara. Cette approche a permis aux équipes médicales d'aller directement à la rencontre des populations là où les besoins étaient les plus importants, réduisant ainsi les barrières géographiques et financières qui limitent souvent l'accès aux soins. 

L'OMS a soutenu cette initiative avec une contribution de plus de 4,3 millions de FCFA, permettant la mise à disposition de médicaments essentiels, d'équipements de prévention et de contrôle des infections ainsi qu'un accompagnement technique sur le terrain. Cet appui a permis aux équipes de faire des diagnostics et fournir des soins et traitements gratuits à des milliers de personnes.

Les résultats obtenus témoignent à la fois de l'ampleur des besoins et de l'impact de cette approche. Près de 4 000 personnes ont été reçues en consultation au cours de la campagne, dont 2 355 ont bénéficié d'une prise en charge gratuite. Les activités de dépistage ont permis d'identifier de nombreux cas d'hypertension artérielle, de diabète, de VIH et d'hépatite B, souvent à un stade précoce où une intervention rapide peut éviter des complications graves.

« Cela a permis à toute la population souffrante de venir se faire consulter et de bénéficier d'un diagnostic précoce, notamment pour les maladies chroniques », explique AFO-DOGO B. Afotan, Directeur préfectoral de santé par intérim du district sanitaire de Dankpen.
Dans plusieurs localités, la mobilisation a dépassé les attentes. « Moins de 250 patients étaient attendus dans notre localité, mais plus de 300 ont été consultés », témoigne le Dr Damessi YOVONOU, responsable du centre médico-social de Pya.

Les équipes médicales ont également découvert de nombreux cas de maladies à des stades avancés : hernies volumineuses, infections cutanées étendues, hypertensions non suivies ou encore pathologies chroniques non diagnostiquées. Ces situations illustrent les difficultés persistantes d'accès aux soins auxquelles sont confrontées certaines populations.

Les activités se sont parfois déroulées dans des conditions difficiles, marquées sur certains sites, par l'absence d'eau ou d’électricité, une forte affluence ou encore des ruptures ponctuelles de médicaments spécifiques. Grâce à l'engagement des autorités locales, des agents de santé communautaires, des étudiants en médecine et des volontaires, ces consultations ont néanmoins pu être réalisées à la satisfaction de tous.

Pour les étudiants mobilisés, cette expérience a constitué une occasion unique de mieux comprendre les réalités vécues par les communautés et s’imprégner des expériences de santé publique. « Nous avons appris comment sensibiliser efficacement les communautés et les amener à adopter des comportements favorables à la santé », explique José Adom, étudiant en sixième année à la FSS-UK.

Au-delà des soins dispensés pendant la campagne, l'initiative a également contribué à renforcer les liens entre les populations et les structures sanitaires locales d’une part, et renforcer la collaboration entre le système de santé périphérique et le monde hospitalo-universitaire d’autre part. Les activités de sensibilisation ont permis d'améliorer les connaissances sur le dépistage précoce et l'importance du recours aux services de santé. Plus de 500 patients présentant des problèmes de santé ont été orientés vers les centres médico-sociaux et les hôpitaux de référence afin de garantir la continuité de leur prise en charge.

Pour l'OMS, cette expérience démontre qu'en rapprochant les soins des communautés les plus éloignées, il est possible d'améliorer l'accès aux services essentiels tout en renforçant durablement le système de santé.

Par ailleurs, l’implication du milieu académique et hospitalo-universitaire dans l’organisation de ces consultations foraines constitue une approche d’amélioration de la qualité des soins à travers l’offre de soins spécialisés et le renforcement des capacités des prestataires de soins périphériques. 

Cette approche illustre une stratégie efficace permettant d’améliorer l’accès aux services essentiels. « « L’extension des services de santé de proximité à travers les consultations foraines s’inscrit pleinement dans la stratégie de couverture sanitaire universelle. 

Chaque personne dépistée à temps permet d’éviter une hospitalisation, de prévenir des complications et de mieux protéger des vies. Cette approche vise à garantir que chaque individu, quelle que soit sa localisation, puisse accéder à des soins essentiels de qualité », souligne le Dr Nouhou Hamadou, Représentant de l’OMS au Togo.

Pour Salima, comme pour les milliers d'autres personnes rencontrées au cours de cette campagne, ces consultations ont représenté bien plus qu'un simple rendez-vous médical. Après le dépistage, elle a poursuivi les contrôles au centre médico-social de Pya où les professionnels de santé ont confirmé que sa tension artérielle nécessitait un suivi régulier. Elle bénéficie aujourd'hui d'un traitement adapté qu'elle prend quotidiennement.

« Quand ils m'ont annoncé que ma tension était très élevée, j'ai eu peur. Mais ils m'ont rassurée et m'ont conseillé de continuer les contrôles au centre de santé. Aujourd'hui, je suis suivie et je prends mon traitement tous les jours. Je ne pense pas que j'aurais pu être dépistée sans cette consultation », confie-t-elle.

Son parcours illustre l'impact durable de ces consultations foraines : permettre aux populations les plus éloignées d'accéder à un diagnostic précoce, d'être orientées vers les services appropriés et de bénéficier d'une prise en charge continue. Dans la région de la Kara, cette initiative montre qu'en allant vers les communautés, il est possible non seulement de détecter les maladies plus tôt, mais aussi de prévenir les complications, de renforcer la confiance dans le système de santé et d'améliorer durablement la vie des populations.