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« Pour chaque génération, les vaccins fonctionnent » : les enjeux de la vaccination en RDC expliqués par le Dr Landoh Dadja Essoya, gestionnaire de l’incident polio à l’OMS

« Pour chaque génération, les vaccins fonctionnent » : les enjeux de la vaccination en RDC expliqués par le Dr Landoh Dadja Essoya, gestionnaire de l’incident polio à l’OMS
« Pour chaque génération, les vaccins fonctionnent » : les enjeux de la vaccination en RDC expliqués par le Dr Landoh Dadja Essoya, gestionnaire de l’incident polio à l’OMS

Kinshasa - À l’occasion de la 16ᵉ édition de la Semaine africaine de la vaccination (SAV), célébrée chaque année durant la dernière semaine d’avril, la République démocratique du Congo a lancé une série d’activités visant à renforcer la protection des enfants contre des maladies évitables par la vaccination, notamment la poliomyélite, la rougeole et la rubéole. Placée sous le thème « Pour chaque génération, les vaccins fonctionnent », cette édition 2026 a marqué une étape importante avec l’introduction du vaccin combiné rougeole–rubéole (RR) dans les stratégies nationales et la poursuite des campagnes de vaccination contre la poliomyélite dans les zones à haut risque et à faible couverture vaccinale. Deux mois après cette activité phare et à l’approche de la prochaine campagne de vaccination, le Dr Landoh Dadja Essoya, Gestionnaire de l’incident poliomyélite à l’OMS en RDC, revient sur les enjeux, les défis persistants ainsi que sur l’importance d’une action concertée pour garantir un accès équitable aux vaccins et renforcer la confiance des communautés.
 

La RDC a introduit le vaccin combiné rougeole–rubéole (RR) et renforcé les activités de vaccination contre la poliomyélite dans le cadre de la Semaine africaine de la vaccination 2026. En quoi cette intervention a-t-elle constitué une avancée importante pour la santé des enfants ?


Cette intervention représente une avancée majeure pour la santé infantile en RDC. L’introduction du vaccin combiné rougeole–rubéole permet d’élargir la protection des enfants contre deux maladies hautement contagieuses et potentiellement mortelles, en une seule intervention, conformément aux recommandations de l’OMS pour l’intégration des services de vaccination. Elle contribue également à améliorer l’efficacité opérationnelle des campagnes, en réduisant le nombre de passages nécessaires pour les équipes de vaccination et en facilitant l’adhésion des parents qui bénéficient de deux interventions en même temps. Cette approche intégrée permet d’optimiser les ressources, d’améliorer la couverture vaccinale et de renforcer la protection communautaire. L’OMS soutient pleinement ces stratégies intégrées à haut impact, qui s’inscrivent dans les efforts globaux visant à éliminer la rougeole et la rubéole et à accélérer l’éradication de la poliomyélite.

La RDC a considérablement réduit les cas de poliomyélite ces dernières années, passant de plus de 500 cas en 2022 à moins de 18 cas en 2025. Quels facteurs expliquent ces progrès et quels défis persistent ?

La réduction significative des cas de poliomyélite en RDC est le résultat de plusieurs facteurs clés. Parmi eux figurent l’engagement fort des autorités nationales, la coordination renforcée entre les partenaires techniques et financiers, ainsi que la mise en œuvre régulière de campagnes de vaccination de qualité ayant permis d’améliorer l’immunité des populations. Grâce à ces actions, le pays a réduit de près de 98 % les cas de poliovirus, passant de plus de 500 cas en 2022 à moins de 18 cas en 2025. Cette avancée s’explique également par le renforcement de la surveillance épidémiologique, avec la formation de près de 19 800 agents de santé, l’investigation de plus de 3 300 cas de paralysie flasque aiguë et la réalisation de 241 prélèvements environnementaux en 2025. Par ailleurs, cinq campagnes de vaccination ont permis de protéger plus de 30 millions d’enfants de moins de cinq ans à travers le pays. Cependant, des défis importants subsistent. Ils incluent notamment l’insécurité dans certaines zones, les difficultés d’accès géographique, ainsi que les faibles couvertures de la vaccination de routine. Ces facteurs continuent de créer des poches de vulnérabilité et nécessitent une vigilance constante ainsi que des interventions adaptées.

Cette Semaine était ponctuée par une campagne ciblant notamment les enfants jamais vaccinés ou ayant manqué certaines doses. Quelles stratégies innovantes ont été mises en place pour atteindre chaque enfant partout ?

Pour cette campagne, plusieurs stratégies innovantes ont été mises en œuvre afin d’atteindre les enfants zéro dose et sous-vaccinés, en particulier dans les zones difficiles d’accès. Nous avons mis en place pour cette campagne intégrée, les stratégies fixes et les stratégies mobiles. L’approche porte-à-porte a été renforcée afin de rapprocher les services de vaccination des communautés. L’utilisation des outils numériques et géospatiaux a également été intensifiée, notamment grâce au Geospatial Tracking System (GTS), qui permet de suivre en temps réel la performance des équipes et de s’assurer que toutes les localités ciblées sont effectivement couvertes. Par ailleurs, l’outil Open Data Kit (ODK) a été utilisé pour renforcer la supervision des activités et améliorer la qualité des données collectées sur le terrain. Ces innovations s’inscrivent dans la stratégie globale de l’OMS visant à renforcer la microplanification, la redevabilité et le renforcement de la qualité des campagnes de vaccination.

Pourquoi la coopération régionale reste-t-elle essentielle dans la lutte contre la poliomyélite ?

La coopération régionale est fondamentale dans la lutte contre la poliomyélite, car le virus ne connaît pas de frontières. Les mouvements de population entre les pays, liés aux échanges commerciaux, aux déplacements familiaux ou aux migrations, augmentent le risque de propagation d’un pays à l’autre lorsque des poches d’enfants non vaccinés subsistent, ce qui rend indispensable une coordination transfrontalière efficace. Les campagnes transfrontalières coordonnées permettent ainsi de protéger simultanément les populations à risque, d’harmoniser les stratégies de vaccination, de renforcer la surveillance épidémiologique et de s’assurer que tous les enfants, y compris ceux en mobilité, soient vaccinés. Cette approche régionale favorise également l’harmonisation des stratégies de surveillance et de riposte, conformément aux orientations de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP/GPEI). En mars 2026, elle a permis de vacciner plus de 10 millions d’enfants en Angola, en Namibie et en RDC, démontrant qu’une action concertée et synchronisée est essentielle pour interrompre durablement la transmission du poliovirus et protéger chaque enfant, où qu’il vive.

Que souhaitez-vous rappeler aux parents et aux communautés pour les encourager à faire vacciner leurs enfants ?

Les vaccins restent l’une des interventions de santé publique les plus efficaces et les plus sûres pour prévenir les maladies graves et sauver des vies. Ils ont permis de réduire considérablement la mortalité infantile dans le monde. Nous encourageons donc les parents et les communautés à faire confiance aux vaccins et au système de santé. Les autorités sanitaires du pays, avec l’appui de l’OMS et des autres partenaires, travaillent continuellement pour garantir des vaccins sûrs, gratuits et accessibles à tous les enfants. Vacciner un enfant, c’est le protéger contre des maladies évitables comme la poliomyélite, la rougeole et la rubéole, et contribuer à la santé de toute la communauté. Aucun enfant ne devrait être laissé sans protection.