Les maladies tropicales négligées (MTN) sont principalement des maladies infectieuses qui sévissent dans les milieux déshérités favorisées par la chaleur et l’humidité des climats tropicaux. Il s’agit pour la plupart des parasitoses transmises par des insectes (moustiques, simulies, phlébotomes, mouches tsé-tsé, triatomes, mouches des immondices) et par des gastéropodes. D’autres sont propagées par l’eau contaminée et par les œufs de vers présents dans le sol. La transmission se perpétue par contamination de l’environnement. Autrefois très dispersées, ces maladies se concentrent aujourd’hui dans les endroits extrêmement pauvres. Certaines d’entre elles réduisent considérablement la productivité économique des jeunes adultes, qui se trouvent pourtant dans la fleur de l’âge. D’autres compromettent la croissance de l’enfant et le développement cognitif. Par conséquent, elles provoquent une grande détresse, qui s’accompagne très souvent d’une stigmatisation et d’une discrimination sociale. La plupart d’elles rendent aveugle ou affaiblissent l’organisme, provoquant des déformations ou des mutilations.
La République du Congo n’est pas épargnée du fardeau de ces maladies, ou elles constituent encore un problème de santé publique. Il s’agit des (i) MTN à chimiothérapie préventive (CTP) : l’Onchocercose, la Filariose lymphatique, les Géo helminthiases, les Schistosomiases, et le Trachome ; et (ii) MTN à prise en charge des cas (PC) : la Lèpre, l’Ulcère de Buruli, le Pian, la Trypanosomiase Humaine Africaine (THA).
L’Onchocercose sévit principalement dans le sud du pays où l’on distingue le foyer du bassin du fleuve Congo et son affluent le Djoué qui touche les populations des départements de Brazzaville et du Pool ; et le foyer du bassin du fleuve Kouilou-Niari qui touche les populations des départements du Pool, de la Bouenza, de la Lékoumou, du Niari et du Kouilou. Le pays a réussi à intensifier la distribution des médicaments contre l’Onchocercose et tous les districts d'endémie connue ont reçu un MDA efficace en 2015 et 2016. Cependant, la plupart des districts nécessitent une réévaluation par le biais d'une cartographie de l'élimination de l'onchocercose pour établir le besoin actuel en MDA. Tous les districts sont endémiques avec une prévalence supérieure à 50% dans plusieurs départements. La filariose lymphatique (FL) est une maladie débilitante endémique dans les départements de la Likouala (Epena 1%.), la Sangha (Ouesso 12%), la Cuvette Ouest (Ewo 2%, Kelle 1,2%.), le Pool (Ignie 4%.), la Bouenza (Mabombo 33,3%, Mfouati 1%), et le Niari (Kimongo 37%, Banda 22% , Nianga 33%). Le trachome est limité à un petit nombre de districts du nord et la prévalence du trachome actif chez les 1 à 9 ans est inférieure à 5% dans tous les districts d'endémie. La schistosomiase affecte les départements sud du pays (Kouilou, Niari, Bouenza, Lékoumou, Pool), Brazzaville et la Sangha. Les districts de Madingo-Kayes et la commune de Nkayi sont les plus touchés avec des prévalences de 58,8% et 41,4%. La trypanosomiase humaine africaine (THA) ou maladie du sommeil est une maladie zoonotique négligée qui affecte les communautés rurales pauvres vivant dans les régions infestées par les mouches tsé-tsé en Afrique. Cette maladie pose un problème majeur de santé publique, avec 100% de fatalité pour des cas non traités. Cinq des douze départements du pays restent endémiques avec des cas notifiés chaque année tant en passif qu’en actif avec le dépistage de masse assuré par l’équipe mobile. Les foyers du couloir sont ceux répertoriés tout au long du fleuve Congo. Concernant la Lèpre, les activités de sensibilisation, de dépistage et de traitement qui ont eu lieu après l’introduction de la polychimiothérapie (PCT) contre la lèpre en 1982, ont permis l’atteinte du seuil national d’élimination fixé par l’OMS de moins d’un cas pour 10.000 habitants en 2003. Cependant, depuis 2011, le programme a connu un relâchement progressif des activités par l’absence d’un soutien financier, ce qui a valu une réapparition significative des cas de lèpre, en particulier les cas multi bacillaires (64 cas) dans plusieurs départements du pays illustrant le dépistage tardif.
L’Ulcère de Buruli : les premiers cas d’Ulcère de Buruli sont dépistés en 2001, avec une moyenne de cent (100) cas par an. Le pic est atteint en 2006 avec un peu moins de 400 cas. C’est alors que débute la lutte contre l’ulcère de Buruli au Congo, intégrée à celle de la Lèpre. Il s’en est suivi une réduction progressive de l’incidence jusqu’à 100 cas an en 2011, puis un arrêt des activités de terrain (dépistage actif, supervision, recyclage du personnel soignant, etc…). Le pian est endémique dans les départements forestiers de la Likouala, la Lékoumou et la Sangha. Les populations les plus touchées sont les minorités ethniques (notamment les peuples autochtones) qui constituent près du 1/3 de la population de ces départements où près de 65% des habitants sont atteints.
Le Congo a reçu un soutien technique et financier de la part d’ESPEN pour mettre à jour un Plan Directeur de lutte contre les MTN (2018-2022) et cibler 524459 personnes dans 17 districts sanitaires pour l’administration de masse des médicaments (AMM) contre l’onchocercose et la filariose lymphatique en 2018.
Contact : Dr Hermann ONGOUO, Administrateur Programme VIH, Hépatite, Tuberculose, Paludisme et MTN, Bureau OMS/CONGO; E-mail: ongouoh [at] who.int (ongouoh[at]who[dot]int)