Financement, appropriation et partenariat
Les améliorations de la santé ne peuvent être durables pour les populations qui en bénéficient que si elles reposent sur un financement soutenable dans les années suivantes. Comme indiqué au chapitre 1, la période considérée s’est ouverte dans l’un des contextes de financement de la santé les plus difficiles de ces dernières décennies.
Dans ce contexte, la Région est parvenue à mobiliser un bloc régional historique d’engagements souverains en faveur du tout premier cycle d’investissement de l’OMS. Elle a augmenté le volume des contributions volontaires grâce à un plan régional intensif de mobilisation des ressources pour les situations d’urgence, accru le niveau des contributions fixées et porté à 24 % la part des financements provenant du secteur privé et des fondations. En outre, la Région a accompagné les États Membres dans l’accélération des réformes du financement de la santé et de la mobilisation des ressources nationales dans le cadre de l’Agenda de Lusaka, a renforcé sa collaboration avec les communautés économiques régionales et a approfondi le partenariat stratégique entre l’OMS et l’Union africaine au niveau des chefs d’État. Le présent chapitre décrit les ressources mobilisées, les différentes sources de financement, les stratégies nationales de financement intérieur des systèmes de santé, ainsi que les perspectives d’évolution de l’architecture mondiale des partenariats.
01Le premier cycle d’investissement de l’OMS : un bloc régional historique d’engagements souverains
Un financement prévisible fait toute la différence entre un programme qui fonctionne jusqu’à la fin de l’année et un programme qui se poursuit jusqu’à l’élimination de la maladie. Au cours de la période considérée, 22 États Membres,iii soit 47 % des 47 États Membres de la Région africaine de l’OMS, ont pris des engagements financiers dans le cadre du cycle d’investissement de l’OMS. À l’échelle mondiale, ce premier cycle d’investissement a permis de mobiliser 3,8 milliards de dollars É.-U. auprès de 71 contributeurs, soit 53 % de l’objectif fixé à 7,1 milliards de dollars É.-U. Ces engagements reflètent une combinaison volontaire de pays à faible revenu, à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, agissant dans un esprit de solidarité, et témoignent du rôle moteur de l’Afrique dans les efforts visant à assurer à l’OMS un financement de base prévisible, souple et résilient.
Au cours de l’année écoulée, 48 % de ces engagements ont été convertis en ressources effectivement disponibles, contre 12 % en juillet 2025. Ces engagements constituent le socle du maintien des services essentiels destinés aux populations des pays représentés par les ministres ayant pris ces engagements. Trois initiatives opérationnelles ont permis d’obtenir ce résultat. Premièrement, le Comité régional de l’OMS pour l’Afrique a été utilisé, pour la première fois dans l’histoire de l’Organisation, comme plateforme innovante de mobilisation des ressources : la Soixante-quatorzième session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, tenue à Brazzaville en août 2024, a accueilli le tout premier événement consacré au cycle d’investissement organisé dans le cadre d’une session d’un Comité régional, tandis que la Soixante-quinzième session, tenue à Lusaka en août 2025, a servi de point d’ancrage à une nouvelle vague d’engagements. Deuxièmement, plus de 10 séances d’information de haut niveau ont été préparées afin d’accompagner la participation des États Membres africains aux conférences mondiales de mobilisation des ressources.
Coups de projecteur sur les pays
République-Unie de Tanzanie
garantir le financement de la sécurité sanitaire au cours d’une année marquée par une flambée épidémique. Au cours de la même année où la Région a riposté à une flambée de maladie à virus Marburg en République-Unie de Tanzanie, le pays a obtenu une subvention de 25 millions de dollars É.-U. du Fonds de lutte contre les pandémies afin de renforcer la sécurité sanitaire et la préparation aux pandémies. Il a également pris un engagement dans le cadre du cycle d’investissement de l’OMS et accueilli un partenariat de haut niveau avec la Coalition pour les innovations dans la préparation aux épidémies par l’intermédiaire du Forum africain pour la réglementation des vaccins. Cet enchaînement, (mobilisation des ressources nationales, engagement souverain dans le cadre du cycle d’investissement de l’OMS et riposte à une flambée épidémique au cours d’une même période de 12 mois) illustre concrètement le mode de fonctionnement auquel doit conduire cette architecture de partenariat.
Madagascar
un partenariat avec une fondation au service de l’élimination de la filariose lymphatique. Le partenariat mis en place pour l’élimination de la filariose lymphatique à Madagascar montre comment la contribution d’une fondation peut être associée à un objectif d’élimination clairement défini, plutôt qu’au financement d’un programme sans échéance déterminée. Ce modèle, dans lequel les ressources apportées par la fondation, le leadership du Ministère de la santé et l’assistance technique de l’OMS sont tous évalués à l’aune d’un objectif unique d’élimination, constitue l’une 56 Activités de l’Organisation mondiale de la Santé dans la Région africaine des illustrations les plus concrètes, au niveau national, de l’appel lancé dans l’Agenda de Lusaka en faveur d’une plus grande cohérence stratégique entre les initiatives mondiales dans le domaine de la santé.
Zambie
des investissements du secteur privé pour résoudre le problème de l’accès à l’électricité qui freine les soins de santé primaires. Dans le secteur de la santé, un approvisionnement fiable en électricité n’est pas un luxe : c’est une nécessité. Un établissement de santé qui ne peut pas maintenir les vaccins dans la chaîne du froid ne peut pas obtenir les résultats en matière de vaccination auxquels contribue l’ensemble du système de santé. L’électrification solaire des établissements de santé en Zambie constitue l’une des démonstrations les plus concrètes, au cours de la période considérée, que les investissements du secteur privé, lorsqu’ils sont mobilisés dans le cadre d’un partenariat efficace avec l’OMS et alignés sur les priorités définies par le Ministère de la santé, peuvent lever un obstacle majeur en matière d’infrastructures au niveau des soins de santé primaires. En s’appuyant sur un programme multilatéral existant, cette initiative montre également comment le cofinancement par le secteur privé peut développer les infrastructures sanitaires de manière efficiente, sans créer de mécanismes parallèles. Dans un contexte de diminution de l’aide au développement, ce type de modèle offre une solution concrète pour assurer la pérennité des services de santé essentiels dans des environnements où les ressources sont limitées. Il présente en outre l’avantage de pouvoir être reproduit dans l’ensemble de la Région, au sein des réseaux d’établissements de santé confrontés à un accès insuffisant à l’électricité.
02Défis à relever
Les efforts engagés ne sont pas encore achevés. La Région devra relever quatre défis majeurs au cours du prochain exercice biennal.
Premièrement, combler le déficit résiduel de financement des programmes de base. Les réformes mises en œuvre et les ressources mobilisées ne couvrent qu’une partie des besoins de financement de l’OMS pour la période 2026-2027. Les programmes de base de la Région présentent encore un déficit de financement de 662 millions de dollars É.-U., dans un contexte où le déficit de financement des programmes de base de l’OMS s’élève à environ 1,1 milliard de dollars É.-U. à l’échelle mondiale pour le même exercice biennal. Pour résorber la part qui incombe à la Région, il sera nécessaire à la fois d’accroître les engagements souverains, en ciblant en particulier les 25 États Membres africains qui n’ont pas encore pris d’engagement dans le cadre du cycle d’investissement de l’OMS, et de poursuivre les efforts de mobilisation auprès du secteur privé et des fondations.
Deuxièmement, transformer les engagements en décaissements effectifs. Les engagements financiers ne se traduisent pas automatiquement par des décaissements. L’expérience des cycles de reconstitution des ressources de Gavi et du Fonds mondial montre que le principal risque réside dans le décalage entre les engagements politiques et leur exécution budgétaire. La Région mettra en place un mécanisme de suivi trimestriel des 22 engagements pris par les États Membres africains dans le cadre du cycle d’investissement et rendra compte chaque trimestre au Directeur régional de l’état des décaissements par rapport aux engagements annoncés. Pour favoriser cette conversion, la collaboration avec les ministères des Finances devra être renforcée, parallèlement à celle déjà établie avec les ministères de la santé.
Troisièmement, faire face aux conséquences de la réduction de l’aide publique au développement des pays du G7. La quasi-totalité des pays du G7 a annoncé une diminution de son aide au développement, ce qui entraînera des répercussions importantes sur le potentiel de mobilisation des ressources de la Région au cours de l’exercice 2026-2027. Le Bureau régional mettra en place un registre des risques défensifs destiné à suivre l’exposition de la Région à l’égard des 10 principaux donateurs souverains, ainsi qu’un plan d’atténuation correspondant, conformément à l’Agenda de Lusaka, qui préconise un renforcement de la mobilisation des ressources nationales comme stratégie complémentaire. Le financement intérieur n’est plus seulement une perspective à long terme : il constitue désormais le principal levier d’action pour le prochain exercice biennal. Dans 35 États Membres, les dépenses de santé à la charge des ménages représentent au moins un quart des dépenses courantes de santé, ce qui accroît le risque de difficultés financières pour les populations et limite leur protection financière. Par ailleurs, la contraction de l’aide publique au développement a réduit la marge de manœuvre budgétaire disponible pour investir dans le renforcement des systèmes de santé dans au moins 14 pays fortement tributaires de cette aide.
Quatrièmement, mettre en place l’infrastructure numérique nécessaire à la gestion des partenariats. Pour assurer durablement la gestion du Réseau des partenariats de la Région africaine de l’OMS sans augmentation proportionnelle des effectifs, il sera nécessaire de déployer une plateforme régionale de gestion des relations avec les partenaires, appuyée par une infrastructure numérique adaptée. Des investissements dans ces deux domaines seront indispensables au cours de l’exercice 2026-2027.
03Priorités pour l’avenir
Les priorités de la Région en matière de partenariats et de financement pour le prochain exercice biennal s’articulent autour de trois échéances politiques majeures et d’une évolution opérationnelle. Les échéances politiques sont les suivantes : la soixante-seizième session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, en 2026, au cours de laquelle les États Membres devraient approuver la Stratégie pour l’avenir du financement de la santé dans la Région africaine de l’OMS 2026-2035 ; la soixantedix-septième session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, en 2027, au cours de laquelle sera examinée la mise en œuvre de la feuille de route continentale pour l’Agenda de Lusaka ; le Forum africain sur le financement de la santé 2026, à l’occasion duquel les États Membres devraient adopter des stratégies nationales actualisées de financement de la santé ainsi que des dossiers d’investissement chiffrés en faveur des soins de santé primaires. L’évolution opérationnelle s’articule autour de cinq priorités : convertir les engagements financiers en décaissements effectifs et rendre compte, chaque trimestre, des progrès réalisés ; étendre la participation au cycle d’investissement de l’OMS aux 25 États Membres africains qui n’y participent pas encore, avec pour objectif une participation de l’ensemble de la Région d’ici la fin
04Recommandations du Secrétariat aux États Membres
Recommandations du Secrétariat aux États Membres
Continuer à soutenir l’OMS au moyen d’un financement souple et prévisible, notamment en :
• s’acquittant intégralement de leurs contributions fixées et en poursuivant leur augmentation conformément au dossier d’investissement 20252028 ;
• maintenant la dynamique de progression des contributions volontaires enregistrée au cours de l’année écoulée grâce à la mobilisation des ressources nationales et à la hausse des investissements dans la santé ;
• élargissant de manière innovante leur base de donateurs, notamment en renforçant la collaboration avec les acteurs non étatiques, y compris ceux du secteur privé.