Protéger les populations grâce au renforcement de la sécurité sanitaire
UNE LOURDE ET PERSISTANTE CHARGE
Les situations d’urgence récurrentes, concomitantes et interconnectées continuent de menacer la santé, de perturber les services et d’accroître les vulnérabilités dans toute la Région.
Pour la Région africaine, la période 2025-2026 n’a pas été marquée par des flambées épidémiques isolées sur fond de situation sanitaire stable ; la situation de référence était celle d’urgences récurrentes. La flambée de maladie à virus Ebola (MVE) survenue à Bulape, suivie des flambées de maladie à virus Ebola due au virus Bundibugyo (BDBV) en République démocratique du Congo et en Ouganda, s’est déroulée parallèlement à des flambées de choléra, de mpox, de maladie à virus Marburg, de méningite et de dengue, ainsi qu’à des inondations et à des crises humanitaires. Ces événements figuraient parmi les plus de 120 urgences de santé publique enregistrées chaque année dans la Région, dont 80 % étaient des flambées épidémiques et les 20 % restants des crises humanitaires (1).
En 2025, le nombre de pays touchés par le choléra a été plus élevé qu’au cours des trois années précédentes, avec 245 472 cas, dont 5344 décès, soit un taux de létalité de 2,2 %, recensés dans 24 pays (2), compromettant les progrès accomplis vers les objectifs d’élimination du choléra à l’horizon 2030. Entre juillet 2025 et juin 2026, la propagation du mpox s’est poursuivie, atteignant 21 306 cas confirmés et 121 décès, soit un taux de létalité de 0,6 %, dans 30 pays, malgré la levée de son statut d’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) en 2025. D’autres flambées ont également entraîné des répercussions importantes, notamment celles de la fièvre de Lassa, de la dengue, de la fièvre de la Vallée du Rift et de la diphtérie, auxquelles se sont ajoutés des phénomènes liés au changement climatique, tels que des inondations et des cyclones ayant frappé l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe.
En septembre 2025, les amendements de 2024 au Règlement sanitaire international (RSI) sont entrés en vigueur dans 46 États Membres de la Région africaine. Par ailleurs, en mai 2026, un regroupement de cas d’infection à hantavirus survenu à bord d’un navire de croisière a mobilisé 23 référents nationaux RSI répartis sur quatre continents dans le cadre d’une riposte coordonnée, illustrant concrètement la mise en œuvre du RSI. Les capacités de préparation se renforcent, les pays intervenant avec une autonomie croissante, tandis que les interventions gagnent en rapidité : la flambée de maladie à virus Ebola à Bulape a été maîtrisée en 88 jours. La flambée actuelle de maladie à virus Ebola due au virus Bundibugyo rappelle toutefois avec force combien la gestion des urgences de santé publique devient plus complexe lorsqu’elles se superposent à des conflits armés.
La contribution de la Région à la mission « protéger la santé » du quatorzième programme général de travail consiste à prévenir les urgences sanitaires, à s’y préparer, à les détecter et à y riposter, afin qu’un choc localisé ne se transforme pas en catastrophe touchant de multiples communautés. Comme dans les autres chapitres du présent rapport, ces efforts reposent sur un principe commun : les capacités mises en place pour faire face aux urgences sont conçues pour perdurer. Ainsi, la plateforme de soins de santé primaires qui assure les services de routine, les personnels mobilisés lors d’une flambée, le réseau de laboratoires capable de séquencer un poliovirus ou encore le système de surveillance permettant de détecter rapidement un événement continuent de servir les populations une fois l’urgence passée.
d’alerte précoce, conformément aux amendements de 2024 au RSI ; l’accélération de la maîtrise des flambées grâce à des personnels pouvant être déployés de part et d’autre des frontières en quelques heures tout en laissant des capacités durables dans les pays ; la mise à profit des infrastructures de lutte contre la poliomyélite, qui protègent désormais la Région contre bien d’autres menaces que cette seule maladie ; une riposte « Une seule santé » de la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, qui contribue à préserver l’efficacité des traitements disponibles et la continuité des services de santé essentiels.
Dans le contexte décrit au chapitre 1, le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique a collaboré avec les États Membres afin de renforcer durablement les capacités nationales. Les réformes institutionnelles qui ont soutenu cette action sont examinées au chapitre 5, les mécanismes de financement sur lesquels elle repose sont présentés au chapitre 6, et les initiatives en faveur de la résilience auxquelles elle contribue sont exposées au chapitre 7.
01Des pays prêts à faire face aux menaces pour la santé publique et à prévenir la propagation transfrontalière des agents pathogènes
La présente section rend compte de la contribution de la Région aux fonctions de préparation et de riposte de la mission « protéger la santé ». Elle porte sur la mise en place des cadres juridiques et des capacités de préparation nécessaires pour détecter et prévenir les menaces à haut risque, évaluer les capacités de préparation et définir les priorités permettant de protéger la santé et de limiter les conséquences socioéconomiques des situations d’urgence.
Principaux résultats
Les rapports annuels d’autoévaluation des États Parties ont été soumis dans leur intégralité pour la neuvième année consécutive. La moyenne régionale des capacités essentielles requises au titre du RSI est passée de 42 % en 2018 à 51 % en 2025, la plus forte progression ayant été enregistrée dans le domaine de la surveillance. Les modalités de mise en œuvre du RSI en Afrique sont présentées dans le premier rapport annuel de la Région consacré au RSI.
Au total, 41 des 47 États Membres (87 %) ont achevé un deuxième cycle d’évaluation externe conjointe (EEC) des capacités essentielles requises au titre du RSI. En 2025, dix pays avaient atteint le niveau 3 (« capacité en développement ») ou un niveau supérieur, contre un seul en 2016 ; seuls trois pays se situaient encore au niveau de capacité le plus faible (niveau 1) en 2025, contre 27 en 2016. Quarante-et-un pays ont utilisé les résultats de leur EEC pour élaborer un plan d’action national pour la sécurité sanitaire (PANSS), et 225 millions de dollars É.-U. provenant du Fonds de lutte contre les pandémies ont été mobilisés afin de renforcer les capacités essentielles requises au titre du RSI.
Au cours de la période considérée, 11 pays supplémentaires (portant leur nombre total à 35) ont établi leur profil de risques à l’aide de la boîte à outils stratégique pour l’évaluation des risques. En outre, un système innovant d’échange de données sur la préparation (Preparedness Data Exchange, PDX), fondé sur l’intelligence artificielle, a été mis au point. Ce système intégré de renseignement sur la préparation sert de plateforme d’alerte précoce multirisques et intègre des mesures préventives et prédictives ; il couvre désormais les 47 pays de la Région.
En juin 2026, 19 pays (contre cinq en 2023) avaient défini leurs domaines d’intervention multisectorielle prioritaires (Priority Areas for Multisectoral Interventions, PAMI), condition préalable à l’élimination du choléra et à la vaccination préventive. Au total, 24 454 867 doses de vaccin anticholérique oral ont été distribuées dans 11 pays, tandis que 2 332 368 personnes ont été vaccinées contre le mpox dans 17 pays. S’agissant de la maladie à virus Ebola, 52 010 doses de vaccin ont été livrées à la République centrafricaine afin de soutenir la vaccination préventive des agents de santé et des personnels de première ligne, tandis que 48 090 doses ont été livrées à la République démocratique du Congo pour soutenir la vaccination dans le cadre de la riposte à la flambée.
Coup de projecteur sur un pays
Ghana
Le Ghana a intégré les amendements de 2024 au Règlement sanitaire international dans sa législation relative à la couverture sanitaire universelle, au moyen d’un dispositif législatif unique plutôt que de deux procédures distinctes. La Région encourage désormais activement cette approche, qui aligne le cadre juridique de la sécurité sanitaire sur celui du financement de la santé, en garantissant que les obligations en matière de préparation aux urgences et les ressources nécessaires à leur mise en œuvre sont toutes deux inscrites dans la loi.
02Les 47 États Membres renforcent leurs systèmes de surveillance et de laboratoires afin d’accélérer la détection des menaces sanitaires
La présente section rend compte de la contribution de la Région aux fonctions de prévention et de détection de la mission « protéger la santé ». Elle met en lumière les capacités de surveillance et d’alerte précoce développées dans le cadre des amendements au RSI, qui constituent le fondement de l’ensemble du dispositif de sécurité sanitaire. Les bénéfices concrets de ces efforts se traduisent avant tout par une détection plus rapide des événements de santé publique.
Principaux résultats
La boîte à outils stratégique pour l’évaluation des risques a été déployé dans 11 pays supplémentaires, soit une augmentation de 13 % par rapport à 2024. La Région a également mis au point le système d’échange de données sur la préparation (Preparedness Data Exchange, PDX), fondé sur l’intelligence artificielle, qui relie les données relatives aux risques, à la préparation et aux systèmes de santé. Elle a par ailleurs organisé la première consultation d’experts consacrée à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les situations d’urgence sanitaire en Afrique.
Tous les États Membres disposent désormais de capacités de séquençage. Cette évolution s’est traduite par une forte augmentation du volume de séquençage : pour la COVID-19, le nombre de séquences est passé de moins de 5500 en 2020 à plus de 183 500 en 2025 ; pour le mpox, il est passé de moins de 500 séquences en juillet 2024 à plus de 2700 en novembre 2025.
L’exhaustivité de la surveillance intégrée des maladies et de la riposte est passée de 70 % en 2024 à 94 % en 2025 dans 46 États Membres, tandis que la rapidité de la notification est passée de 55 % à 66 %. La plateforme centralisée de surveillance intégrée des maladies et de la riposte est désormais utilisée dans 40 États Membres (85 %), et 24 pays ont bénéficié d’une formation aux méthodes avancées d’analyse des flambées, d’analyse collaborative et de modélisation.
L’Unité des laboratoires pour la préparation et la riposte aux situations d’urgence du Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique a considérablement renforcé les systèmes de laboratoire et les capacités diagnostiques dans l’ensemble de la Région grâce à des évaluations ciblées des laboratoires, à l’extension rapide des capacités diagnostiques, à des initiatives d’assurance qualité et au développement de la surveillance génomique.
03Une riposte plus rapide aux urgences de santé publique, tout en renforçant durablement les capacités nationales
Au cours de la période considérée, de juillet 2025 à juin 2026, l’OMS a aidé les États Membres de la Région africaine à réagir rapidement aux urgences de santé publique en mobilisant les capacités nationales, régionales et mondiales. Cette action s’inscrivait dans les priorités du pilier « Protéger la santé » du quatorzième programme général de travail, de la Stratégie régionale pour la sécurité sanitaire et la gestion des situations d’urgence 2022-2030 et du Cadre d’action d’urgence de l’OMS. Elle visait non seulement à endiguer les flambées épidémiques et à réduire les effets des situations d’urgence sur la santé, mais aussi à faire en sorte que les investissements consacrés à la riposte contribuent au renforcement des systèmes nationaux, au maintien des services de santé essentiels et à une meilleure préparation face aux crises futures.
L’Afrique représentait environ 45 % de l’ensemble des besoins humanitaires mondiaux, avec quelque 134 millions de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire en 2025 (3). Après le niveau record de 167 millions d’Africains confrontés à une insécurité alimentaire aiguë en 2025, on estime que 120 millions de personnes devraient connaître une insécurité alimentaire de niveau de crise sur le continent en 2026 (4). Dans la Région, 18 pays étaient classés comme fragiles, touchés par des conflits et en situation de vulnérabilité. Par ailleurs, 11 groupes organiques Santé étaient activés, ce qui signifiait que la maîtrise des flambées, la coordination de l’action sanitaire humanitaire et le maintien de la continuité des services de santé essentiels devaient être assurés simultanément, en particulier dans les zones touchées par les conflits, les déplacements de population, l’insécurité alimentaire et les chocs climatiques.
Principaux résultats
Des données complémentaires couvrant la période de juillet 2025 à juin 2026 montrent que la mise en œuvre de l’ensemble de services de santé H3 est passée de 50 % à 83 %, tandis que le Système de surveillance de la disponibilité des ressources et des services de santé a permis de suivre 26 354 unités de prestation de services réparties dans 9865 établissements de santé.
En 2025, 1300 déploiements ont été effectués dans le cadre de l’AVoHCSURGE, dont 1218 au niveau national et 82 au niveau international. Parallèlement, 489 intervenants supplémentaires ont été formés dans huit pays, et 40 institutions africaines participent désormais au Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN).
Malgré la persistance du risque de transmission, la riposte multinationale au choléra a produit des résultats mesurables. Le choléra est demeuré largement répandu, avec plus de 245 000 cas et 5238 décès signalés dans 24 pays entre 2025 et 2026. Les interventions intégrées ont néanmoins permis de faire reculer le taux de létalité notifié de 2,01 % à 1,14 % à la fin de l’année 2025. Entre le troisième et le quatrième trimestre de 2025 seulement, le taux de létalité est passé de 2,46 % à 1,57 %, tandis que le nombre de décès a diminué de 65 %, malgré la poursuite de la transmission. Près de 30 millions de doses de vaccin anticholérique oral ont été administrées dans le cadre d’une approche intégrée associant la surveillance, la prise en charge des cas, les interventions dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH), ainsi que des actions menées au niveau communautaire. Le choléra a été maîtrisé avec succès au Tchad (8), en Namibie, au Rwanda, en République-Unie de Tanzanie, au Kenya, en République du Congo, en Zambie et en Angola, tandis qu’une diminution importante du nombre de cas a été observée au Soudan du Sud.
Dans les contextes de fragilité, de conflit et de vulnérabilité, la mise en œuvre de l’ensemble de services de santé essentiels H3 a permis de faire passer la disponibilité des services d’environ 50 % à plus de 80 %, plusieurs pays ayant atteint un taux de couverture d’au moins 90 %. L’OMS et ses partenaires ont soutenu la continuité des services de santé essentiels dans 9865 établissements de santé répartis dans 18 contextes fragiles, au bénéfice de plus de 23 millions de personnes en 2025 (6).
Les capacités nationales et régionales de renfort ont également été considérablement renforcées. Dans le cadre de l’initiative AVoHC (African Volunteers Health Corps)-SURGE, plus de 2600 intervenants ont été formés dans 32 pays, et 26 pays ont constitué des viviers nationaux d’intervenants mobilisables.
La riposte au mpox est passée d’une phase de maîtrise de l’urgence à une phase de transition et d’intégration. À la suite d’efforts soutenus aux niveaux régional et continental, le Directeur général de l’OMS a estimé, le 5 septembre 2025, que la recrudescence du mpox ne constituait plus une urgence de santé publique de portée internationale (7). La République démocratique du Congo a ensuite déclaré la fin de sa flambée nationale, et l’équipe d’appui à la gestion des incidents liés au mpox au niveau continental a été désactivée, mettant ainsi un terme à une riposte qui avait duré près de deux ans.
Les capacités logistiques régionales ont largement contribué à la rapidité des interventions d’urgence. Le rapport annuel indique qu’en 2025, des produits d’importance vitale d’une valeur de près de 5 millions de dollars É.-U. ont transité par les plateformes logistiques de Nairobi et de Dakar. Les données provisoires établies pour la soixante-seizième session du Comité régional montrent en outre que, entre juillet 2025 et juin 2026, 218 expéditions entrantes d’une valeur supérieure à 4 millions de dollars É.-U. et 240 expéditions sortantes représentant 9,39 millions de dollars É.-U. ont été réalisées, tandis que les achats d’urgence ont dépassé 9 millions de dollars É.-U. dans 24 pays, au moyen de 377 bons de commande.
Visite du Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique au centre de traitement de la mpox à Bujumbura, au Burundi – mars 2026
Coup de projecteur sur la riposte
La riposte au mpox a démontré qu’une coordination régionale soutenue permet de faire évoluer des urgences sanitaires de grande ampleur touchant plusieurs pays, d’une phase d’aggravation à une phase de maîtrise. La riposte continentale conjointe de l’OMS et du CDC-Afrique a permis d’intégrer, au sein d’un cadre opérationnel unique, la surveillance, l’appui aux laboratoires, la vaccination, la prise en charge clinique, la communication sur les risques, la coordination des partenaires et le soutien aux pays. Cette approche a contribué à une diminution de 61,5 % du nombre de cas par rapport aux niveaux les plus élevés observés précédemment et a permis l’administration de plus de 1,17 million de doses de vaccin dans les pays touchés. La couverture des tests est passée de 57 % en 2024 à 66 % en 2026, témoignant du renforcement des capacités des laboratoires (12).
La levée, en septembre 2025, du statut d’urgence de santé publique de portée internationale lié au mpox, la clôture de la riposte nationale à cette flambée en République démocratique du Congo et la désactivation de l’équipe d’appui à la gestion des incidents ont marqué le passage d’une réponse d’urgence à une phase axée sur la surveillance pérenne, le maintien de l’état de préparation et l’intégration des activités dans les systèmes de santé de routine.
Coups de projecteur sur les pays
République démocratique du Congo
La flambée de maladie à virus Ebola survenue dans la zone de santé de Bulape, dans la province du Kasaï, a montré comment une urgence sanitaire peut contribuer à renforcer durablement la résilience des systèmes de santé. Déclarée le 4 septembre 2025 et officiellement terminée le 1er décembre 2025, cette flambée a enregistré 64 cas, 45 décès et 19 survivants, soit un taux de létalité de 70,3 %.
La riposte a combiné un déploiement rapide des équipes, la surveillance, la recherche des contacts, la vaccination, la prise en charge des cas, la prévention et la lutte contre les infections, le soutien logistique, la mobilisation communautaire ainsi que le renforcement des établissements de santé. L’OMS a mobilisé près de 6 millions de dollars É.-U., déployé 112 agents, appuyé la vérification de plus de 3300 alertes, assuré le suivi de plus de 2300 contacts, soutenu la vaccination de plus de 45 000 personnes, mis en place deux centres de traitement Ebola et acheminé plus de 150 tonnes de fournitures et d’équipements logistiques (13). Les infrastructures de prise en charge comprenaient un centre de traitement Ebola de 40 lits ainsi qu’une unité de traitement des maladies infectieuses de 32 lits.
Au-delà de la maîtrise de la flambée, cette intervention a laissé un héritage durable pour le système de santé local. Les investissements réalisés dans l’approvisionnement en eau, l’alimentation en énergie solaire, les capacités de prise en charge et la logistique ont permis de renforcer l’Hôpital général de Bulape, notamment grâce à la construction d’une conduite d’eau de 2,5 km, à une capacité de stockage de plus de 20 000 litres d’eau (14) et à l’installation d’un système d’alimentation solaire.
Ces investissements ont non seulement soutenu la riposte à la flambée, mais ils continueront également à renforcer la préparation aux futures urgences sanitaires ainsi que la prestation des soins courants.
Cette expérience illustre tout l’intérêt d’une approche fondée sur le principe de la riposte au service de la résilience. Les mêmes investissements qui ont permis d’interrompre la transmission ont également renforcé durablement les infrastructures d’approvisionnement en eau, l’alimentation électrique, les capacités de prise en charge, la logistique et les ressources humaines dans le district concerné. Cette approche devrait devenir une pratique systématique à l’issue des grandes flambées épidémiques.
Éthiopie
La première flambée de maladie à virus Marburg en Éthiopie a été maîtrisée en moins de trois mois grâce à un leadership national solide et au soutien rapide de l’OMS (15). Le Ministère de la santé et l’Institut de santé publique d’Éthiopie ont activé les centres d’opérations d’urgence de santé publique (COUSP) nationaux et régionaux, renforcé la surveillance et la recherche des contacts, désigné des centres de traitement, déployé un laboratoire mobile à Jinka et mobilisé les communautés. L’OMS a soutenu l’ensemble des piliers de la riposte, notamment la coordination, les diagnostics de laboratoire, la prise en charge des cas, la prévention et la lutte contre les infections, l’inhumation en toute sécurité et dans la dignité, la logistique ainsi que la communication sur les risques.
La flambée a totalisé 14 cas confirmés, dont neuf décès et cinq guérisons, auxquels se sont ajoutés cinq décès probables (16). L’OMS a déclenché sa riposte d’urgence dans les 24 heures, déployé 36 experts et réaffecté 28 membres de son personnel afin de renforcer les opérations sur le terrain. Cette intervention a également bénéficié des investissements réalisés antérieurement par l’Éthiopie dans la préparation aux urgences de santé publique, notamment le renforcement des capacités des laboratoires, des systèmes de surveillance des maladies, des équipes d’intervention rapidement mobilisables et des mécanismes de coordination mis en place dans le cadre des COUSP. Soutenues par des initiatives telles que le projet multisectoriel éthiopien de prévention, de préparation et de riposte aux pandémies et le programme AVoHC-SURGE, ces capacités ont permis une détection précoce des cas, un déploiement rapide des capacités diagnostiques, une mobilisation rapide des équipes d’intervention et le maintien de la continuité des services de santé essentiels.
Les eaux de crue contaminent les fournitures médicales de l’hôpital rural de Chókwè, au Mozambique – février 2026
Mozambique
À mesure que les changements climatiques augmentent la fréquence et l’intensité des inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes, les urgences liées au climat deviennent un risque récurrent pour la sécurité sanitaire, ce qui exige un renforcement de la préparation, de la surveillance et de la continuité des services de santé essentiels. Au Mozambique, l’OMS a soutenu la riposte menée par le gouvernement aux inondations qui ont touché plus de 720 000 personnes dans six provinces ainsi que dans la ville de Maputo. Cet appui comprenait la coordination des interventions aux niveaux national, provincial et des districts, le prépositionnement de fournitures essentielles, le renforcement de la surveillance des maladies, ainsi que le déploiement d’équipes d’intervention rapide et d’un coordonnateur médical afin d’assurer la continuité des soins dans les centres d’hébergement.
À mesure que la riposte évoluait vers une phase de relèvement dans la province de Gaza, l’OMS a soutenu les efforts visant à rétablir et à pérenniser les services de santé dans les zones touchées. Les inondations ont affecté 100 centres de santé, dont 20 ont été inondés et 23 temporairement fermés, tandis que 710 agentes et agents de santé ont été directement touchés (17). L’OMS a déployé un responsable des urgences sanitaires et un coordonnateur du groupe organique Santé, acheminé 9 tonnes de médicaments et de fournitures essentiels pour la prévention et le traitement du choléra, et soutenu la transmission quotidienne de données numériques provenant de plus de 160 unités de santé afin de renforcer la détection précoce et de réduire le risque de flambées secondaires.
04Résilience : la continuité des services de santé essentiels a permis de protéger les populations pendant les situations d’urgence
Dans la Région, les périodes d’accalmie entre deux urgences sont désormais l’exception. Comme le montre la situation régionale, plus de 120 urgences de santé publique sont enregistrées chaque année, dont quatre sur cinq sont des flambées épidémiques. Au cours de la période considérée, nombre de ces urgences se sont produites simultanément plutôt que successivement. Les urgences récurrentes constituent désormais le contexte opérationnel habituel de la Région, et non plus des événements exceptionnels. C’est pourquoi la résilience est présentée ici comme un résultat à part entière.
Cette charge persistante s’est accompagnée d’une période de contraction des financements, et les données sont sans équivoque : des systèmes de santé fragiles ne peuvent être résilients (18). Les systèmes absorbent les chocs grâce aux capacités ordinaires dont ils disposent avant même qu’une crise ne survienne — gouvernance, financement, ressources humaines, systèmes d’information et prestation de services — plutôt qu’au moyen de structures mises en place après coup (19). Une étude exploratoire réalisée en 2026 sur la résilience des systèmes de santé en Afrique est parvenue à la même conclusion, tout en identifiant la participation des communautés fondée sur la confiance et des infrastructures adaptables comme des piliers supplémentaires de la résilience (20). Dans un contexte de contraction des financements, l’enseignement est clair : la Région n’a ni besoin ni les moyens de mettre en place une architecture parallèle dédiée aux situations d’urgence.
La réponse de la Région consiste donc à faire en sorte que chaque intervention produise un double bénéfice. À Bulape, par exemple, la riposte à la maladie à virus Ebola a permis, au-delà de la maîtrise de la flambée, d’améliorer durablement l’accès à l’eau potable, à l’électricité solaire et à un centre d’opérations d’urgence rénové pour plus de 20 000 habitants. Cette approche illustre concrètement le principe du Cadre régional pour le maintien de systèmes de santé résilients en vue de parvenir à la couverture sanitaire universelle et de promouvoir la sécurité sanitaire (2023-2030) (21). Les communautés sont au cœur de cette résilience : les liens de confiance établis pendant une intervention permettent de maintenir les capacités de détection des événements et l’accès aux soins entre deux urgences. Le relèvement renforce la préparation, et la préparation améliore la riposte suivante. C’est ce cycle continu, plus que la rapidité d’une intervention isolée, qui transforme une succession de ripostes en un système de santé qui se renforce au fil du temps. Pour les ministres, la conclusion est concrète : dans un contexte de ressources limitées, la forme de préparation la plus économique est celle qui s’appuie sur les capacités déjà créées et financées lors de la riposte précédente. Les priorités présentées ci-après visent à faire de ce principe une pratique systématique.
05Infrastructures de lutte contre la poliomyélite dans la Région : une protection qui va aujourd’hui bien au-delà de cette seule maladie
Cette section rend compte d’un résultat qui s’inscrit au cœur même de la mission “protéger la santé” mais dont la portée va bien au-delà. L’Afrique reste exempte de poliovirus sauvage autochtone et, malgré une réduction de 30 % du financement mondial de la lutte contre la poliomyélite au cours de la période considérée, la Région a continué de faire baisser la transmission pour la troisième année consécutive. Ce résultat a été rendu possible grâce aux centres d’opérations d’urgence dirigés par les pays sous la responsabilité directe des ministères de la santé, associés au déploiement rapide des équipes d’intervention dans les 72 heures suivant chaque flambée confirmée. Les infrastructures mises en place pour détecter le poliovirus et interrompre la transmission, les réseaux de surveillance, les laboratoires et les équipes d’intervention rapide constituent désormais un pilier commun pour détecter de nombreuses autres menaces et y riposter.
Principaux résultats
Neuf flambées de poliovirus circulant dérivé d’une souche vaccinale de type 2 ont été interrompues en deux ou trois cycles de campagne : au Burundi, en Gambie, au Ghana, en Guinée-Bissau, au Libéria, en Mauritanie, en Ouganda, en République du Congo et en Sierra Leone. Le Mozambique n’a enregistré aucune détection de virus depuis le début de l’année 2024.
Cinquante-trois activités de vaccination supplémentaires synchronisées ont été mises en œuvre dans 17 pays prioritaires, permettant à 80 % des districts ciblés d’atteindre une couverture de grande qualité ; plus de 2400 personnels de renfort ont été déployés.
46 des 47 États Membres assurent une surveillance environnementale et 16 laboratoires accrédités analysent désormais plus de 100 000 échantillons par an.
Les réseaux de surveillance et de laboratoires financés au titre de la lutte antipoliomyélitique soutiennent désormais la détection de la rougeole, de la fièvre jaune, du mpox et du choléra, et les équipes d’intervention rapide contre la poliomyélite ont apporté leur appui à la riposte au mpox en République démocratique du Congo.
06Lutte contre la résistance aux antimicrobiens: un combat mené grâce à la gouvernance, à la surveillance et au bon usage promus par l’approche «Une seule santé»
Cette section rend compte de la riposte de la Région à l’urgence qui évolue le plus lentement dans le cadre de la mission « protéger la santé ». Lorsque les antibiotiques dont dépend une clinique cessent d’agir, la médecine ordinaire redevient dangereuse : une césarienne, une pneumonie d’enfant ou une intervention chirurgicale de routine peuvent à nouveau mettre la vie en danger. Au cours de la période visée par le rapport, la Région est passée de la sensibilisation au renforcement de la gouvernance, de la surveillance et du bon usage nécessaires pour ralentir la résistance aux antimicrobiens, grâce à une approche « Une seule santé » qui relie la santé humaine, animale et environnementale. Cette démarche fait le lien entre la résistance aux antimicrobiens et la préparation en matière de sécurité sanitaire.
Le Bureau régional a organisé la riposte axée sur l’approche « Une seule santé » dans la Région en collaboration avec les partenaires quadripartites, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la santé animale (OMS), l’OMS et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), ainsi qu’avec l’Union africaine, y compris le CDC-Afrique et le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine. Il a dispensé une formation sur le calcul des coûts et la budgétisation, l’enquête d’autoévaluation nationale sur le suivi de la résistance aux antimicrobiens (TrACSS) et le Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens et de l’utilisation des antimicrobiens (GLASS), et a produit des profils nationaux et régionaux pour faciliter la prise de décisions fondées sur des données probantes. Le Bureau régional a également mené le premier exercice de simulation des flambées épidémiques liées à la résistance aux antimicrobiens dans la Région ; dirigé la Semaine de sensibilisation continentale ; et fourni un appui technique spécialisé aux pays sur la gestion des antimicrobiens et leur utilisation. Il s’agissait notamment d’une évaluation des éléments essentiels de la gestion dans 26 établissements de santé en Sierra Leone qui a permis de générer un modèle reproductible. Il a contribué à la base factuelle régionale, en publiant des analyses des tendances relatives à la résistance aux antimicrobiens et de la mise en œuvre des plans d’action nationaux et en apportant des données factuelles évaluées par des pairs sur la surveillance, les capacités de laboratoire, les infections liées aux soins de santé et le rôle des vaccins (22-30).
Principaux résultats
Coup de projecteur sur un pays
La résistance aux antimicrobiens a longtemps été traitée comme un problème relevant de la compétence des laboratoires, qu’un ministère de la santé sous pression pouvait facilement reporter. En 2025, la RépubliqueUnie de Tanzanie a accueilli la Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens, organisée conjointement par les organisations quadripartites et les institutions de l’Union africaine. Ce faisant, il a contribué à faire passer la résistance aux antimicrobiens des marges des discussions politiques au centre du programme régional de sécurité sanitaire. Le choix de l’hôte compte. En plaçant sa plateforme nationale derrière une initiative de sensibilisation continentale, le Gouvernement de la République-Unie de Tanzanie a indiqué aux États Membres que la résistance aux antimicrobiens nécessite une gouvernance coordonnée dans les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale, et que les données de surveillance provenant désormais des 47 États Membres inscrits au Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens et de l’utilisation de ces derniers doivent être mises à profit.
Les 47 États Membres participent désormais au système GLASS et 33 d’entre eux communiquent des données sur la résistance aux antimicrobiens visant à éclairer les décisions cliniques et en matière de santé publique.
Le taux de soumission régional sur la plateforme TrACSS 2025 a atteint 100 %, ce qui contribue à renforcer la responsabilisation en matière de mise en œuvre des plans d’action nationaux.
17 États Membres ont renforcé leur capacité à élaborer des plans d’action nationaux chiffrés et budgétisés sur la résistance aux antimicrobiens, et cinq ont institutionnalisé des programmes en faveur du bon usage des antimicrobiens et de suivi de leur utilisation.
07Références du chapitre 3 (29)
- 1. World Health Organization Regional Office for Africa (2025) Weekly bulletin on outbreaks and other emergencies, 2025–2026. Brazzaville: WHO Regional Office for Africa.
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