Un engagement des leaders locaux fait ses preuves dans la lutte contre Ebola

BUTEMBO (Nord Kivu, République Démocratique du Congo) -- Joseph Kakule, chef du quartier de Vighole ne réalise pas encore comment il est devenu l’un des mobilisateurs sociaux les plus engagés pour sa communauté meurtrie par l’épidémie de la maladie à virus Ebola. A 47 ans, ce natif de Butembo est aussi l’un des leaders locaux qui veulent mettre en pratique le sens de l’engagement communautaire. ‘‘Etre à l’écoute de ma communauté, partager ses angoisses et tenter de trouver une solution, voilà ce qui me motive,’’ confie-t-il.

Son adjoint du même secteur de Vighole, Gervais Muhindo, 30 ans, forme avec lui un duo résolument embarqué dans la même mission : briser le silence et la méfiance face à Ebola. Ce vendredi 31 mai, ils s’estiment tous les deux heureux d’avoir accompli leur devoir, celui d’avoir convaincu les contacts autour des derniers cas confirmés de la maladie à virus Ebola d’accepter à se faire vacciner, au lieu de disparaître dans la nature.

Vighole fait partie de la zone de santé de Katwa, considérée comme l’une des places fortes de la résistance communautaire de Butembo, au sud-ouest de la ville. Les habitants ont longtemps fait la sourde oreille à la sensibilisation face à une épidémie qui n'a cessé de gagner du terrain. Pourtant, depuis la fin de l’année 2018, la notification des cas d’Ebola se fait au quotidien dans Butembo (ville de plus d'un million d'habitants) et ses environs immédiats constitués des différents autres quartiers tels que Binone, Kabondo, Kavisa, Kirimbere et Vuhunga.

Mais pour s’assurer que les équipes de la vaccination du Ministère de la Santé et de l’OMS pouvaient bien arriver sur place pour donner le vaccin contre Ebola aux contacts, ainsi qu'aux contacts des contacts en toute sécurité, Joseph Kakule et Gervais Muhindo ont tout d'abord sillonné les ruelles de Vighole, à la rencontre de leur communauté affectée. L'objectif était bien de mener une sensibilisation en profondeur de porte-à-porte, pour y permettre l’installation du site de vaccination. "Il y a bien longtemps qu'il n’était plus possible pour les équipes de riposte contre Ebola de mettre les pieds ici, mais nous nous mobilisons contre la désinformation et le manque de confiance au sein de notre communauté qui, elle-même est traversée par le doute et la colère face à l’insécurité des groupes armés,’’ raconte Kakule.

Au cours des six premiers mois de l’année 2019, la zone de Katwa et l’agglomération de Butembo ont connu plusieurs attaques attribuées aux groupes armés ayant occasionné le pillage et la destruction des centres de traitements Ebola (CTE), ainsi que la perte en vies humaines, aussi bien du côté des équipes d’intervention sanitaire que des forces de sécurité qui se battaient contre les assaillants.

Kakule se souvient qu’après des semaines difficiles passées dans l’amertume et l’incompréhension à la suite de ces incidents violents, lui et Muhindo ont tout simplement décidé d’organiser des rencontres et des causeries communautaires pour expliquer aux habitants de Vighole et des autres quartiers que la maladie à virus Ebola était un grave danger qui menaçait tout le monde sans exception. ‘‘Ceux qui meurent de ce virus mortel sont nos frères et sœurs. Nous ne pouvons pas baisser les bras et voir la situation continuer à se détériorer comme ça sans rien faire,’’ fait observer sobrement Kakule.

Il y a deux semaines, le quartier Vighole a connu un émoi général, après qu’une série de décès avait frappé une seule famille. D’abord le décès d’un garçon de 17 ans, suspecté d’avoir contracté la maladie à virus Ebola, puis celui de ses deux parents aussi dans la communauté quelques jours plus tard, après avoir présenté des signes de la maladie à virus Ebola. ‘‘Je me suis dit que parler d’Ebola aux membres de notre quartier n’est pas un crime, même si d’autres habitants nous traitent comme des gens achetés par les équipes de riposte,’’ lance de son côté Muhindo, conscient de la gravité et de la tournure inquiétante de l’épidémie dans cette partie du Nord Kivu.

Muhindo raconte qu’il utilise souvent "les témoignages de ceux qui sont déjà guéris d’Ebola comme un argument de taille pour balayer le doute’’ de ses voisins du quartier Vighole. Et de ‘‘l'importance de la vaccination ou de la décontamination des ménages touchés, pour éviter une large propagation de la maladie.’’

Combattre la désinformation

Les équipes de la riposte contre le virus mortel d’Ebola ont souvent fait face à la méfiance de la communauté, longtemps nourrie de la désinformation propagée par certains candidats aux récentes élections générales de fin 2018 en RDC. Ces derniers, d’après plusieurs témoignages, interprétaient la survenue de la maladie à virus Ebola dans cette région de la province du Nord Kivu comme un phénomène mortifère et un plan inventé par leurs adversaires pour les disqualifier du scrutin. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé Kakule et Muhindo à combattre la désinformation autour de l’épidémie dont l’impact est de plus en plus négatif dans leur communauté. ‘‘Nous parlons à tout le monde, aux jeunes, aux vieux et même aux enfants, en leur disant qu’il est préférable de se faire vacciner en cas d’un contact avec un malade confirmé d’Ebola, plus tôt qu’attendre longtemps pour développer la maladie et mourir plus tard,’’ conclut Kakule.

C’est ainsi que le vendredi 31 mai, les équipes de la riposte sont arrivées à Vighole pour commencer la vaccination sur le terrain autour des contacts identifiés. Le même jour, l’Assistant du Directeur général de l’OMS pour les situations d’urgence et des risques sanitaires, le Dr Ibrahima Socé-Fall, a rendu visite à ces équipes sur place pour s’assurer que les contacts concernés étaient bien au rendez-vous pour leur vaccination. Il a salué ‘‘le courage et l’engagement de ces deux leaders communautaires,’’ Joseph Kakule et Gervais Muhindo. Leur travail assidu a mobilisé leur communauté, autrefois réfractaire aux activités de la riposte, à s’approprier la lutte pour sortir Katwa et ses différents quartiers de la vaste chaîne de la transmission de la maladie à virus Ebola.

Au 3 juin 2019, l’épidémie de la maladie à virus Ebola dans les provinces congolaises du Nord Kivu et de l’Ituri est entrée dans son dixième mois, faisant un total cumulé de plus de 2000 cas dont 1900 confirmés et 94 probables, avec plus de 1340 décès.

Ces activités de riposte coordonnées par le Ministère de la Santé avec le soutien de l’Organisation mondiale de la Santé et des autres partenaires, ont bénéficié des contributions financières généreuses de plusieurs bailleurs, entre autres l’Allemagne, les Etats-Unis d’Amérique, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), la Chine, la Corée du sud, le Fonds central de réponse d’urgence (CERF), le DFID, le Japon, la Norvège, la Suède, l’Union européenne, le Canada, Gavi, le Wellcome Trust, ainsi que d'autres partenaires.

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